Sarlat - Cabanis

À Sarlat, nous sommes restés trois jours. Le temps était gris, mais très doux. Nous avions quitté les pays de neige pour une vallée qui suit un ruisseau, et serpente, entre deux pentes boisées.

Je ne connaissais pas cette ville : c'est un décor pour un drame élisabéthain. Dans un espace grand comme la main, de petites rues enchevêtrées vous ramènent obstinément sur vos pas, devant une façade Renaissance, un porche en anse de panier, des fenêtres à meneaux, une tourelle, un cul-de-sac où coule une fontaine. Il y a des escaliers qui tournent, de longs passages voûtés, des jardins clos, des montées entre des murs aveugles, des toits de petites tuiles brunes qui descendent de très haut et qu'on pourrait cependant toucher de la main. Nous logions dans une étroite venelle, face à quelques arbres et à la galerie du Présidial.

Gabrielle se levait très tard. Je lisais devant la fenêtre, les pieds sur le radiateur. Le second jour, je vis tomber une neige légère sur ce paysage mort, mais qui dura peu, et un rayon de soleil parut, vite effacé par des nuages qui couraient.

José Cabanis. La bataille de Toulouse. (Gallimard)

Plombières-les-Bains - Théophile Gautier

Plombières, bâtie sur la source même qui la fait vivre, se resserre dans le creux d'une étroite vallée que dominent des montagnes verdoyantes plantées de sapins et de hêtres et semées, çà et là, de blocs erratiques de granit grisâtre détachés de leur gîte primitif et disséminés par quelques-unes de ces convulsions de la nature dont l'histoire n'a pas gardé le souvenir.

Entre ces deux murailles, Plombières ne peut que s'allonger, et ses rues suivent la forme que le terrain leur impose. La principale de ces rues est pavée de dalles, garnie de larges trottoirs et bordée de maisons blanches à deux étages, de l'aspect le plus hospitalier. De légers balcons, rappelant les miradores espagnols, s'appliquent aux fenêtres, et leur juxtaposition leur donne l'apparence d'une galerie continue. Cette disposition ne manque ni d'originalité ni d'élégance.

À droite et à gauche de la porte des maisons, des bancs tendent les bras à la fatigue ou à la flânerie des malades ; car, à Plombières, tout le monde, ou peu s'en faut, est logeur. Sur la chaussée, les âniers, offrant leurs bourriquets, sollicitent à quelque excursion les petits enfants, auxquels les mères ne tardent pas à se joindre.

Deux autres rues, continuant la route de Luxeuil et la route d'Épinal, tracent leur ruban sur la pente de deux montagnes qui encaissent Plombières à une hauteur de trente mètres et permettent d'apercevoir la ville à vol d'oiseau à travers ce dais de légères vapeurs qui le soir s'élèvent des sources thermales. Sous la ville, dans un canal souterrain de construction romaine, court obscurément l'Eaugronne, une sorte de rivière torrentueuse, le plus souvent sans eau, mais assez redoutable dans ses débordements soudains. Cette voûte, bâtie avec la solidité éternelle que les Romains apportaient à leurs constructions, supporte sans fléchir les trois quarts des maisons de Plombières.

Théophile Gautier. Les Vacances du lundi.

Reims - Cathédrale - Albert Londres

Elle est debout, mais pantelante. […]
La voilà derrière une voilette de brume. Serait-elle donc encore ?
Les premières maisons de Reims nous la cachent. Nous arrivons au parvis.
Ce n'est plus elle, que son apparence.
C'est un soldat que l'on aurait jugé de loin sur sa silhouette toujours haute, mais qui, une fois approché, ouvrant sa capote, vous montrerait sa poitrine déchirée.
Les pierres se détachent d'elle. Une maladie la désagrège. Une horrible main l'a écorchée vive.
Les photographies ne vous diront pas son état. Les photographies ne donnent pas le teint du mort. Vous ne pourrez réellement pleurer que devant elle, quand vous y viendrez en pèlerinage.

Aix - Saint-Mittre - Zola

Lorsqu’on sort de Plassans par la porte de Rome, située au sud de la ville, on trouve, à droite de la route de Nice, après avoir dépassé les premières maisons du faubourg, un terrain vague désigné dans le pays sous le nom d’aire Saint-Mittre.

L’aire Saint-Mittre est un carré long, d’une certaine étendue, qui s’allonge au ras du trottoir de la route, dont une simple bande d’herbe usée la sépare. D’un côté, à droite, une ruelle, qui va se terminer en cul-de-sac, la borde d’une rangée de masures ; à gauche et au fond, elle est close par deux pans de muraille rongés de mousse, au-dessus desquels on aperçoit les branches hautes des mûriers du Jas-Meiffren, grande propriété qui a son entrée plus bas dans le faubourg. Ainsi fermée de trois côtés, l’aire est comme une place qui ne conduit nulle part et que les promeneurs seuls traversent.