Fougères - Balzac

Pour donner une idée de l’aspect que présente le rocher de Fougères vu de ce côté, on peut le comparer à l’une de ces immenses tours en dehors desquelles les architectes sarrasins ont fait tourner d’étage en étage de larges balcons joints entre eux par des escaliers en spirale.

En effet, celle roche est terminée par une église gothique dont les petites flèches, le clocher, les arcs-boutants achèvent de lui donner la forme d’un pain de sucre. Devant la porte de cette église, dédiée à saint Léonard, se trouve une petite place irrégulière dont les terres sont soutenues par un mur exhaussé en forme de balustrade, et qui communique par une rampe à la Promenade.

Semblable à une seconde corniche, cette esplanade se développe circulairement autour du rocher, à quelques toises en dessous de la place Saint-Léonard, et offre un large terrain planté d’arbres, qui vient aboutir aux fortifications de la ville. Puis, à dix toises des murailles et des roches qui supportent cette terrasse due à une heureuse disposition des schistes et à une patiente industrie, il existe un chemin tournant nommé l’Escalier de la Reine, pratiqué dans le roc, et qui conduit à un pont bâti sur le Nançon par Anne de Bretagne. Enfin, sous ce chemin, qui figure une troisième corniche, des jardins descendent de terrasse en terrasse jusqu’à la rivière, et ressemblent à des gradins chargés de fleurs.

Narbonne - Chapelle

Dans cette vilaine Narbonne

Toujours il pleut, toujours il tonne.

Toute la nuit doncques il plut,

Et tant d'eau cette nuit il chut,

Que la campagne submergée

Tint deux jours la ville assiégée.

Que cela ne vous surprenne point. Quand il pleut six heures en cette ville, comme c'est toujours par orage, et qu'elle est située dans un fond tout environné de montagnes, en peu de temps les eaux se ramassent en si grande abondance, qu'il est impossible d'en sortir sans courir risque de se noyer. Nous voulûmes pourtant le hasarder; mais l'accident d'un laquais emporté par une ravine, et qui sans doute était perdu si son cheval ne l'eût sauvé à la nage, nous fit rentrer bien vite pour attendre que les passages fussent libres. Des messieurs, que nous trouvâmes se promenant dans la grande place, et qui nous parurent être des principaux du pays, ayant appris notre aventure, crurent qu'il était de leur honneur de ne nous laisser pas ennuyer. Ils nous voulurent donc faire voir les raretés de leur ville, et nous menèrent d'abord dans l'église cathédrale, qu'ils prétendaient être un chef-d'œuvre pour la hauteur des voûtes, mais nous ne saurions pas dire au vrai

Balme - Goethe

Au point du jour nous sommes partis a pied de Cluse et nous avons pris le chemin de Balme.

La vallée était d'une agréable fraîcheur ; la lune, à son dernier quartier, brillait en avance du soleil, et nous charmait, parce qu'on est peu accoutumé à la voir dans cette phase. Des vapeurs légères, détachées, s'élevaient des fentes de rochers, comme si la brise matinale éveillait de jeunes esprits, qui sentiraient le désir de présenter leur sein au devant du soleil et de le dorer à ses regards. Le haut du ciel était parfaitement pur. Quelques tramées de nuages diaphanes le traversaient.

Balme est un misérable village, non loin de la route, au détour d'un ravin. Nous demandâmes aux gens de nous conduire à la grotte qui fait la renommée de ce lieu. Ils se regardèrent les uns les autres et se dirent : « Prends l'échelle, je prendrai la corde, venez, Messieurs. »

Cette singulière invitation ne nous détourna pas de les suivre. Le sentier montait d'abord à travers des quartiers de roches calcaires écroulés, que le temps a façonnés en marches d'escalier devant la paroi verticale du rocher, et que revêtent des touffes de hêtres et de noisetiers. On arrive enfin à la plate-forme du rocher, où il faut grimper avec peine et fatigue par l'échelle et les saillies du roc, avec le secours des branches d'un noyer qui surplombent et des cordes qu'on y attache.

Luc - Stevenson

Je débouchai enfin au-dessus de l'Allier. Il serait difficile d'imaginer perspective moins attrayante à cette époque de l'année. Des coteaux en pente élevaient un cirque fermé alternant ici bois et champs, et, là, dressant des pics tour à tour chauves ou chevelus de pins.
L'atmosphère était d'un bout à l'autre noire et cendreuse et cette couleur aboutissait à un point dans les ruines du château de Luc qui s'éleva insolent sous mes pieds, portant à son pinacle une immense statue blanche de Notre-Dame. Elle pesait, je l'appris avec intérêt, cinquante quintaux, et devait être consacrée le 6 octobre. À travers ce site désolé coulait l'Allier et un affluent de volume quasi égal qui descendait le rejoindre à travers une large vallée nue du Vivarais.
Le temps s'était un peu éclairci et les nuages groupés en escadrons, mais le vent farouche les bousculait encore à travers le ciel et distribuait sur la scène d'immenses éclaboussures disloquées d'ombre et de lumière.
Luc lui-même se compose d'une double rangée éparse d'habitations resserrées entre une montagne et une rivière. Il n'offre aux regards ni beauté ni le moindre trait notable, sinon l'antique château qui le surplombe avec ses cinquantes quintaux de Madone tout battants neufs.
Mais l'auberge était propre et spacieuse.

Robert-Louis Stevenson. Voyage avec un âne dans les Cévennes. (traduction de Léon Bocquet. UGE-10/18)