Lyon - Montée de la Grande-Côte - René Bazin

Pascale habitait ce coin de la Croix-Rousse que les anciens du quartier appellent « les Pierres Plantées », presque au sommet de cette montée de la Grande-Côte, vieille rue peuplée de canuts, d’échoppiers, de revendeurs, de chiffonniers, – marchands de pattes, comme disent les Lyonnais, – de bouchers, épiciers, boulangers, aux boutiques étroites et profondes ; rue qui coule d’abord tout droit du haut du plateau, et se coude en bas, près de la Saône, et se ramifie en patte d’oie ; rue pavée de galets pointus à l’ancienne mode ; rue d’une pente si rapide que pas une voiture ne peut s’y risquer, et que l’asphalte des trottoirs est entaillée, afin que les passants ne tombent pas trop souvent. Elle était fille d’un des grands quartiers populaires, de l’ancienne colline des tisseurs, séparée seulement par la Saône de la colline où l’on prie, de Fourvière qui lève son église au-dessus de la brume des deux fleuves.

René Bazin. L'Isolée.

Reims - Bois d'Amour - Chateaubriand

J’écris cette page de mes Mémoires dans la chambre où je suis oublié au milieu du bruit.

J’ai visité ce matin Saint-Remi et la cathédrale décorée de papier peint. Je n’aurai eu une idée claire de ce dernier édifice que par les décorations de la Jeanne d’Arc de Schiller, jouée devant moi à Berlin : des machines d’opéra m’ont fait voir au bord de la Sprée ce que des machines d’opéra me cachent au bord de la Vesle. J’ai vu entrer le Roi ; j’ai vu passer les carrosses dorés, j’ai vu rouler ces voitures pleines de courtisans. […].

Cette tourbe est allée chanter le Te Deum et moi je suis allé voir une ruine romaine et me promener seul dans un bois d’ormeaux appelé le bois d’Amour. J’entendais au loin la jubilation des cloches, je regardais les tours de la cathédrale, témoins séculaires de cette cérémonie toujours la même et pourtant si diverse par l’histoire, le temps, les idées, les mœurs et les coutumes.

Chateaubriand. Mémoires d'outre-tombe.

Meaux - Montaigne

Meaux, qui est une petite ville, belle, assise sur la rivière de Marne. Elle est de trois pièces. La ville et le faubourg sont en deçà de la rivière, vers Paris. Au-delà des ponts, il y a un autre grand lieu qu’on nomme le Marché, entouré de la rivière et d’un très beau fossé tout autour, où il y a grande multitude, d’habitants et de maisons.

Ce lieu était autrefois très bien fortifié de grandes et fortes murailles et tours ; mais en nos seconds troubles huguenots, parce que la plupart des habitants de ce lieu était de ce parti, on fit démolir toutes ces fortifications. Cet endroit de la ville soutint l’effort des Anglais, le reste étant tout perdu ; et en récompense tous les habitanst dudit lieu sont encore exempts de la taille et autres impositions. Ils monstrent sur la rivière de Marne une île longue de deux ou trois cent pas qu’ils disent avoir été un cavalier jetté dans l’eau par les Anglais, pour battre ledit lieu du marché avec leurs engins, qui s’est ainsi fermé avec le temps.

Paris - Hôtel Hilton - Queneau

Le Hilton donne sur la rue Jean-Rey
en face d’un terrain de sport
il jouxte l’immeuble de l’Union internationale des
chemins de fer
vachement moderne et pas encore délabré
un peu plus loin il y a le dépôt du district du Champ- de- Mars
de la S. N. C. F. région ouest
on arrive ainsi
quai Branly
devant la statue du général Diego Brosset
elle est là à cause de Bir Hakeim
dont le pont se trouve à côté
et la station de métro idem
c’est aussi dans cette région qu’il y avait le Veldive
totalement escamoté
c’et aussi dans le coin qu’habitait l’extralucide
dont parle André Breton dans Nadja
elle s’appelait madame Sacco
il donne même sa photo
et son adresse : trois rue des Usines
Il n’y a plus de rue des Usines c’est maintenant la rue du
docteur Finlay
le trois de la rue du docteur Finlay est un immeuble très bourgeois
en 1927 il devait être déjà comme ça
il a sans doute été construit en 1907
par Veber et Michau architectes
comme les autres maisons
de la rue Nélaton

Raymond Queneau. Courir les rues. (Gallimard)